Voici certains extraits
tirés de livres de références
concernant le lien qui existe entre le traumatisme et le corps.
Le toucher est le sens le plus
important de notre corps. Il nous donne la notion de la profondeur, de
l'épaisseur et des formes. C'est par notre peau,
grâce au toucher, que nous ressentons, aimons,
détestons.
La peau est notre premier mode de communication, la plus
efficace de nos protections. Après le cerveau, la peau est
ce qu'il y a de plus important. Le sens du toucher est le plus
associé à la peau, c'est le premier à
se développer chez l'embryon. Il est transmis de la peau au
cerveau et il constitue un système d'alerte vital. Les gens
atteints de la maladie de : La Situation de Alagia cutanée
subissent de graves blessures avant de prendre conscience du danger car
cette maladie les rend insensible à la douleur sur leur
peau. Selon un reportage présenté
récemment à la Société
Radio Canada, une dame atteinte de cette maladie s'exerçait
à tenir un œuf entre ses doigts. Cette pratique
quotidienne s'est prolongée sur 8 années avant
qu'elle puisse le tenir sans l'échapper ni
l'écraser. Pouvez-vous imaginer tous les efforts de
concentration que cela a dû lui demander ! Elle
perçoit des sensations uniquement au niveau du haut de son
visage. Afin de ne pas se brûler avec son café,
elle en vérifie la température avec son front. Un
être humain peut vivre aveugle, sourd et manquer totalement
de goût et d'odorat, mais il ne saurait survivre un instant
sans les fonctions assurées par la peau. La stimulation
permanente de la peau par l'environnement sert donc à
maintenir son tonus à la fois sensoriel et moteur.
Contrairement à la vue ou l'ouïe, le
toucher nous fait ressentir les choses à
l'intérieur de nous-mêmes. Goûter et
sentir sont des sensations limitées à la surface
de la cavité nasale et au palais. Le toucher nous fait
prendre conscience que notre monde se compose des présences,
d'objets qui sont d'autres corps. Le toucher est le sens du corps tout
entier ; par lui pénètrent en nous les
impressions du dehors, par lui se révèle toute
souffrance intérieure de l'organisme et tous les plaisirs
qui s'y cachent. Il est très difficile de concevoir
quelqu'un qui aurait été aimé
tendrement et caressé dans son enfance, et qui n'aurait pas
appris à approcher tendrement une femme, un homme ou un
enfant. Par contre, ce qui peut faire beaucoup de mal à
l'enfant plus tard est l'ignorance parentale peut être due au
rejet de la mère face aux démonstrations d'amour
de son fils, de peur qu'il ne reste trop attaché
à elle, ou peut être due au père qui
repousse lui aussi son fils parce qu'il a peur qu'il devienne
homosexuel. Gifler un enfant peut servir à maintenir la
discipline, mais cela peut aussi transformer la peau en source de
douleur plutôt que de plaisir. On leur inflige volontairement
une douleur qui les prive du bien-être que la peau signifie
habituellement pour eux. Ils peuvent alors en venir à
associer leur propre peau et celle des autres à la crainte
du toucher et à la douleur, et fuir tous contacts par la
peau dans leur vie ultérieure. (Réf : La peau et
le toucher, un premier langage d'Ashley Montagu )
Chaque culture accorde une place
différente à la naissance, la vie, la mort,
l'importance du toucher. En Europe, la bise est de mise lorsque l'on
rencontre quelqu'un et ce, à chaque rencontre tandis qu'au
Québec, il existe un tabou au sujet du toucher. Aujourd'hui,
une simple poignée de main est devenue rarissime
même à la première rencontre. Dans la
Province de Québec, le toucher a toujours eu un sens
péjoratif ; il suffit de toucher quelqu'un ou même
de le frôler par accident ou sans raison valable pour devoir
s'excuser ; c'est l'éducation étroite que l'on a
reçue et qui nous vient de l'ère Victorienne.
Ici, au Québec, le toucher peut même
être un péché, on nous l'a assez
prêché pendant nous années
d'école ; le toucher était
contrôlé par les lois de l'État, les
lois de l'Église, on formait des esprits étroits,
on croyait que c'était mieux. Pas surprenant que pendant un
siècle au moins on ait pu dénombrer un nombre
record de femmes séchées qui haïssaient
les hommes et qui défendaient constamment leur VERTU contre
les attaques tous les jours et 24 heures par jour. Même le
médecin ne touche pas souvent, il pose des questions, il
rédige une ordonnance, de là le
cortège grandissant de gens
désappointés une fois rendues dehors.
L'expérience tactile est un besoin pour l'être
humain à partir de l'âge de 0 jusqu'à
l'âge de 150 ans. Il faut rééduquer les
esprits, réapprendre que la connaissance du corps est
importante et annihiler une fois pour toute ce sentiment
véhiculé par tout le monde, qui veut que tout ce
qui est corps est associé à quelque chose de mal
ou sexuel.
Notre culture est essentiellement audiovisuelle, avec
une prédominance du visuel. Le sens du toucher est
laissé pour compte. Lorsqu'un voyant a les yeux
bandés, il essaie automatiquement de " voir " avec les
mains, plutôt que de " sentir " son environnement. Nous
n'avons pas appris à percevoir avec nos mains, notre corps,
notre peau toute entière. Nous ne savons pas exprimer tout
notre être à travers notre contact avec l'autre,
rencontrer le monde et les autres dans une relation plus proche que
celle du regard qui maintient presque toujours une forme de distance.
(1)
Nous n'avons pas appris non plus à développer
suffisamment cet organe des sens pour qu'il soit capable de ressentir
des choses subtiles ou même de nous les faire percevoir
à distance. Or, le sens du toucher est le premier
à fonctionner in utero (dès huit semaines de
grossesse) et c'est le seul organe des sens qui se trouve
réparti sur l'ensemble du corps. Ce n'est probablement pas
un hasard si la nature nous a fait ce cadeau-là et il est
triste de ne pas l'utiliser ni le développer. Pourquoi ce
potentiel, présent chez tous et qui s'exprime encore chez
l'enfant, a-t-il été ainsi
délaissé ? Les hypothèses
envisagées ici évoluent actuellement, mais
restent néanmoins d'actualité.
(1) Il s'agit d'avoir une sensation tactile de quelque
chose que je ne touche pas directement. Par exemple, si quelqu'un
m'envoie un ballon, je peux sentir ce ballon arriver avant qu'il ne
soit dans mes mains.
D'une part, la relation précoce à la
mère est souvent marquée par le manque. La vie
intra-utérine est peu prise en considération. Son
impact sur la vie psychique de l'individu est peu abordé. In
utero, les bébés reçoivent certes des
touchers de tendresse pendant leur séjour dans le ventre de
leur mère, mais ils sont aussi souvent confrontés
à des touchers très objectivants (2),
même de la part de leur parents.
Après la naissance, le
bébé est sevré trop rapidement d'un
contact proche et sécurisant. On déconseille aux
mères de beaucoup garder le bébé dans
leurs bras ou leur lit. (Pendant la Deuxième Guerre
Mondiale, les médecins interdisaient aux
infirmières des pouponnières de prendre les
bébés dans leurs bras même pour les
nourrir. Le taux de mortalité infantile était
très élevé. Voyant cela les
médecins ont suggéré aux
infirmières de prendre les bébés pour
les allaiter. En quelques mois le taux de mortalité a
chuté du tiers.) La relation corporelle avec la
mère se fait surtout à travers les soins, donc
une relation affective, plutôt qu'une relation de plaisir, de
jeux, d'échanges gratuits.
D'autre part, la relation au père est
marquée par l'absence ou par une sexualisation. Sur le plan
corporel, le père est rarement présent avec
l'enfant avant l'âge oedipien. Or, à ce
moment-là, l'enfant vit une poussée pulsionnelle
qui fait que, si le contact corporel s'établit à
partir de cette période, il sera d'emblée plus
sexualisé au niveau du vécu de l'enfant. De plus,
la relation entre le père et la fille est liée
à la capacité ou l'incapacité du
père à être en relation avec son
épouse, mais aussi à son niveau de satisfaction
ou d'insatisfaction dans cette relation.
Généralement, la fille se trouve dans une
relation avec son père où elle est peu
touchée, mais beaucoup regardée, parfois d'un
regard qui " touche ", c'est-à-dire sexualisé.
Cela induit chez elle un malaise dans le contact. Parfois aussi, elle
prendra la place de sa mère et aura à subir des
violations de son intimité, voire même de sa
sexualité. Quant au garçon, il reste " prisonnier
" de la relation à sa mère dont il est souvent "
le petit homme ".
En conséquence, les enfants qui ont
vécu le manque à un niveau précoce -
manque ne voulant pas dire absence, mais manque de présence
réelle et respectueuse, manque de disponibilité,
manque de contact affectif confirmant - deviennent des adultes qui ne
peuvent pas vivre leur corps. Celui-ci devient essentiellement
fonctionnel. Ces enfants s'adaptent à la
réalité extérieure, font des
compromis, deviennent pour cela infidèles à
eux-mêmes et vulnérables. Ils
développent des réactions de défense
et de fermeture vis-à-vis du monde extérieur et
fonctionnent dans une rationalité fondée sur la
maîtrise de soi et la dominance du contrôle
cérébral. Ils ont tendance à se placer
dans des relations de pouvoir ou de dépendance, n'ont donc
pas de présence à eux-mêmes et peu de
contact profond avec les autres.
(2) Un toucher objectant est un toucher qui fait sentir
à l'autre qu'il est considéré comme un
objet plutôt que comme une personne.
Par contre, l'enfant qui a vécu une confirmation affective
de son existence - et le plus tôt est le mieux - se vit comme
bon et aimable. Il a en lui une sécurité qui lui
permet de s'affirmer en tant qu'individualité. Son
identité propre et son authenticité peuvent se
développer. Quand la sécurité est
là, la personnalité authentique se
développe automatiquement.
Une autre conséquence du manque se trouve
inscrite au niveau de la mémoire corporelle de la peau et de
la cellule qui enregistrent comment on a été
touché et de celle de fascias (membranes qui fixent les
muscles aux os) qui gardent l'empreinte des traumatismes. Cette
mémoire est corporelle et émotionnelle. Les
ostéopathes qui travaillent avec les
bébés connaissent bien ces situations
où, à partir d'une stimulation corporelle, le
bébé retrouve les mouvements et les
émotions de sa naissance.
Le corps enregistre des sensations qui s'y impriment et
peuvent revenir avec précision. Ainsi, des souvenirs et des
sensations très archaïques peuvent être
stimulées par un simple toucher. Le toucher est un sens
directement en contact avec l'inconscient. Il est là avant
les mots. Cela veut dire que, quand nous touchons quelqu'un, nous
réveillons nécessairement quelque chose de cette
mémoire, même si cela ne revient pas à
la conscience. Nous re-stimulons les manques, les souffrances, les
douleurs, les séparations, mais aussi les tabous, les peurs
sous-jacentes à l'interdit de toucher et d'être
touché. Il faut savoir que tous les manques qu'on a connus,
et toute la réparation qu'on veut à la fois se
donner à soi-même et à l'autre, peuvent
avoir tendance à empêcher la communication.
Qu'en est-il du toucher dans le monde professionnel ?
L'attitude professionnelle est imprégnée de tous
ces tabous, peurs et interdits. De par leurs études, les
professionnels apprennent à avoir un toucher aseptique, sans
affectivité, dans lequel ils sont efficaces et peu
impliqués, c'est-à-dire peu présents.
On rencontre très rarement dans les hôpitaux, que
ce soit comme patient(e), comme professionnel (le) ou comme formateur
(trice), des soignants qui touchaient en étant à
la fois à l'écoute d'eux-mêmes et de
l'autre. Avoir une façade professionnelle rend le toucher
objectivant et rationalisant. Les soignants sont plus souvent dans leur
tête que dans leur corps. Les soignants ont donc appris
à ne pas être présent à
eux-mêmes, à s'oublier pour s'occuper de l'autre
et à ne pas être présents à
l'autre, à être " neutre " dans le contact. En
psychanalyse tout particulièrement, il y a les
règles techniques suivantes : la neutralité
bienveillante (rester neutre avant tout) et l'interdit du toucher. Le
tactile y est abandonné au profit du langage dans le but
d'éviter d'influencer le patient. Le renoncement au toucher
est devenu une règle, puis un interdit, voire même
un tabou, c'est-à-dire quelque chose dont on ne peut parler.
Certains croient que cet interdit du toucher en psychanalyse cantonne
le toucher au domaine sexuel. Du coup, cela permet d'oublier tout le
côté archaïque du toucher et de la
communication et, ainsi, de ne pas rencontrer les terreurs et les
souffrances de ces niveaux-là.
Certains professionnels tels que :
massothérapeutes, kinésithérapeutes,
ostéopathes, orthothérapeutes,
orthogérontologues, T.R.P., chiropraticiens,
physiothérapeutes etc… apprennent au cours de
leurs formations en communication par le toucher, à devenir
affectifs dans leur toucher, à être à
l'écoute d'eux-mêmes et de l'autre dans le
contact, à oser de vraies rencontres. Ils apprennent
à différencier le toucher avec une intention du
toucher dans la présence, à prendre conscience de
la façon dont ils touchent et à
améliorer leur qualité de présence
dans le toucher.
Quand on touche quelqu'un, particulièrement
quelqu'un qui souffre, le premier contact avec cette personne peut
s'imprégner dans son corps et conditionner le reste de la
relation (par exemple des mains froides ou pressées). Cela
se passe souvent de façon totalement inconsciente pour l'un
comme pour l'autre. Il faut en développer la conscience.
Quand on touche quelqu'un comme un être avec son corps, son
être, son psychisme, son histoire, son âme et plus
seulement un corps, la respiration s'ouvre, la personne se
détend. Elle se sent reconnue, en
sécurité. Elle peut alors s'ouvrir et
développer son propre potentiel.
À travers une suite de questionnements (dont
la liste serait trop longue à énumérer
en ce moment) le professionnel apprend à
développer une conscience de soi et de l'autre et
à devenir de plus en plus clair et authentique dans son
contact à l'autre. Il apprend ensuite à
développer son sens du toucher. Il apprend à
écouter avec ses mains plutôt qu'à voir
avec ses mains. Quand il écoute avec ses mains, il cherche
à entrer en contact avec l'autre, dans le respect de
lui-même et de l'autre. Il apprend à
être disponible à l'autre et à son
écoute dans la relation, en évitant les
projections et les interprétations.
La communication par le toucher, c'est aussi et surtout
développer une qualité de contact, de
présence, une ouverture au niveau du cœur
lorsqu'on est en relation avec l'autre. C'est développer un
toucher affectif, un toucher de tendresse qui dépasse le
corps pour rencontrer l'être de l'autre. Ce contact de
tendresse n'a rien à voir avec un toucher objectant ni avec
un toucher sexualisé. Ce dernier renvoie toujours
à la vulnérabilité corporelle et
parfois aussi émotionnelle. La communication par le toucher,
c'est un contact dans lequel on rencontre l'autre avec respect, en
restant ouvert à soi-même. Le monde de
l'affectivité est un monde intérieur, profond
mais ouvert à la rencontre. Pour que le contact soit vrai et
non superficiel, il doit venir de l'intérieur de soi.
Le toucher affectif soulage l'angoisse,
sécurise, console, fait du bien. Il aide la personne
à se sentir moins vulnérable, sur le plan
psychologique, mais aussi sur le plan corporel. À travers le
toucher affectif, il est possible de diminuer la sensation et la
sensibilité à la douleur. Le professionnel peut
être à la fois professionnel et se montrer
affectif dans le contact. " Être affectif " ne veut pas dire
" être ambigu ", cela ne veut pas dire non plus devenir
familier de façon exagérée, ni
chercher une relation fusionnelle avec l'autre. Au contraire, c'est
être encore plus professionnel, parce que cela demande
d'avoir développé suffisamment et autant sa "
compétence " que sa capacité d'être en
contact profond avec soi-même et en même temps,
être en relation vraie avec l'autre, de façon
globale et pas uniquement au niveau de son toucher, voilà ce
qu'est la communication par le toucher.
En conclusion, toutes les émotions passent
par le toucher. Une simple poignée de main peut
déceler la personnalité, le caractère,
les émotions, les sentiments d'une personne. Rien de plus
désagréable qu'une poignée de main
flasque ou écrasante. Tous les états
d'âme passent par les mains et ce, de façon
inconsciente, qu'ils soient dirigés ou non vers
l'interlocuteur. Par le toucher, on peut communiquer à
l'autre toute notre négativité autant que notre
positivité. En étant en contact profond avec soi,
le professionnel apprend à gérer ses
états d'âme afin de ne pas les transmettre
à son patient. Ne l'oublions pas, il est aussi humain, avec
ses propres sentiments, il a aussi un vécu
extérieur à sa vie professionnelle. Il se doit
donc d'être à l'écoute
c'est-à-dire réceptif, congruent, ouvert et
empathique, prêt à apporter le support
nécessaire tout en demeurant dans les limites de ses
compétences ou en référant son patient
à tout autre professionnel selon le cas.
Tout être humain a besoin de contact par le
toucher mais pas n'importe lequel des touchers non pas un toucher
froid, superficiel, aseptique, objectant, sexualisé mais
plutôt de tendresse et d'affection. Il est prouvé
que les personnes qui ont le plus besoin de contact tactile sont des
gens qui vivent seuls, célibataires, mais surtout les
personnes âgées. Souvenons-nous de notre bonne
vieille grand-mère qui nous tenait les mains entre les
siennes et ce sans relâche… (Réf :
Brigitte Dohmen, psychologue)
Patricia Lise Bourque
massothérapeute